Rencontre avec Sonia
Présente-toi en quelques mots
Je suis passionnée par la voix, la musique et l’humain.
Curieuse de nature, j’aime comprendre comment fonctionne la voix dans toutes ses dimensions : corporelle, technique, émotionnelle… et surtout transmettre cela avec pédagogie et bienveillance. Pour moi, la voix est bien plus qu’un instrument : c’est un moyen d’expression très intime, qui relie le corps, les émotions et la personnalité de chacun.
Comment es-tu devenue prof de chant ?
Diplômée d’une école de commerce, j’ai d’abord eu quelques expériences professionnelles dans la continuité de ma formation, avant de ressentir l’envie de me rapprocher davantage de la musique et de l’humain.
Je me suis alors formée en musicothérapie et j’ai obtenu un DU de musicothérapeute clinicienne. J’ai ensuite travaillé dans différents établissements médico-sociaux (EHPAD, foyers de vie, CAMSP…), où j’accompagnais les personnes par la musique et la voix.
En parallèle, j’ai commencé à donner des cours de chant. Très vite, j’ai eu envie d’accompagner mes élèves de la manière la plus juste et la plus solide possible. Je me suis alors plongée dans l’univers de la technique vocale… et là, ça a été une véritable révélation !
En 2016, j’ai suivi un premier stage avec le pédagogue américain Robert Sussuma lors d’une masterclass à Paris. C’est là que j’ai découvert la technique vocale moderne, et j’ai immédiatement été fascinée.
Depuis, je n’ai jamais cessé de me former auprès de pédagogues français et internationaux : l’approche Chant, Voix et Corps d’Emmanuelle Trinquesse, la Technique du Chanteur Moderne (TCM) d’Allan Wright, la Complete Vocal Technique (CVT) de Cathrin Sadolin. Pour tout ce qui touche à la voix mixte et au belting, je m'inspire beaucoup de pédagogues tels que Shelby Rollins, Justin Stoney, Emily Kristen Morris.
La voix est un domaine dans lequel on continue d’apprendre toute sa vie.
Qu’est-ce qui te passionne dans la technique vocale ?
Le fait qu’elle se situe à la croisée de plusieurs disciplines.
Il y a d’abord la dimension anatomique et physiologique : comprendre comment le souffle, le larynx, les résonateurs, les articulateurs et la posture participent à la production du son.
Mais la voix ne se résume pas à un mécanisme. Elle est profondément liée à notre état intérieur. Nos émotions, notre état d’esprit ou notre niveau de stress influencent directement la manière dont elle se déploie.
C’est ce dialogue entre précision technique et dimension humaine qui me passionne.
Quels sont tes diplômes ou certifications ?
En plus du DU de musicothérapeute clinicienne, j'ai le diplôme de Professeur de chant et technique vocale de la formation Chant, Voix et Corps d’Emmanuelle Trinquesse.
Cette formation a été un vrai tournant dans ma pratique parce qu'elle repose sur une approche moderne et scientifique de la voix, basée sur l’anatomie, la physiologie et l’acoustique, avec une attention particulière portée à la santé vocale et à la prévention de la fatigue.
Elle met aussi beaucoup l’accent sur la relation pédagogique : une relation d’écoute et de collaboration avec l’élève. En musicothérapie, on parle d’« alliance thérapeutique ». Dans l’enseignement du chant, j’aime parler "d’alliance pédagogique".
As-tu d’autres formations ?
Oui, je suis également sophrologue diplômée de l’Institut de Formation à la Sophrologie de Paris depuis 2016.
Quel est le lien entre la sophrologie et le chant ?
Le mental a une influence considérable sur la voix qui réagit instantanément à nos émotions, nos pensées et notre niveau de stress.
La sophrologie est une approche psycho-corporelle qui agit à la fois sur le corps et l’esprit : exercices de respiration, mouvements doux pour relâcher les tensions, techniques de visualisation.
Ces outils sont très utiles dans le chant : pour gérer le trac, améliorer la concentration, se recentrer avant une prestation, renforcer la connexion émotionnelle ou encore développer la mémorisation... Ils font aujourd’hui pleinement partie de mon approche pédagogique.
En quoi le mental et l’émotionnel influencent-ils notre voix ?
Souvent, la première étape dans le travail vocal consiste à repérer et relâcher les tensions qui entravent l’émission de la voix.
Notre langage le montre bien : on parle d’« avoir un nœud dans la gorge », de « rester sans voix ». Les tensions physiques et émotionnelles se répercutent directement sur la voix.
Par ailleurs, on peut faire toutes les vocalises possibles, si le geste vocal n’est pas juste ou si le corps est crispé, on progresse moins et on peut même fatiguer ou abîmer sa voix.
Et sur le plan psychologique ?
Travailler sa voix demande de la patience, de la persévérance et beaucoup de bienveillance envers soi.
Plus on avance dans la technique, plus on développe une écoute fine de ses sensations et de ses perceptions. La voix est un instrument vivant, qui fluctue selon l’énergie, les émotions, la fatigue…
Apprendre à chanter, c’est aussi apprendre à s’écouter et à se respecter.
Je dis souvent à mes élèves : « Pour prendre soin de sa voix, il faut aussi prendre soin de soi. »
Comment abordes-tu le travail avec tes élèves ?
La première chose pour moi est de créer un climat de confiance. Il est essentiel que chacun se sente libre d’explorer sa voix sans peur du jugement.
Mon expérience de musicothérapeute m’a appris à écouter autrement que sous l’angle du « c’est bien / ce n’est pas bien ». J’essaie d’avoir une écoute la plus objective possible et de repérer ce qui fonctionne déjà.
La première question que je pose souvent à mes élèves est : « Qu’est-ce qui s’est bien passé ? »
Parce qu’il y a toujours des choses qui fonctionnent. Les reconnaître est souvent la meilleure façon de progresser.
Quels sont tes styles de musique préférés ?
J’ai des goûts musicaux très éclectiques. Je peux autant écouter de la soul que du rock, de la pop, du lyrique ou du jazz, tout dépend de mon humeur ! Ce qui me touche avant tout, c’est l’interprétation et la musicalité. Je suis aussi une grande fan de comédies musicales et de gospel, c'est d'ailleurs ce qui m'a amenée à me perfectionner en voix mixte et en belting !
En tant que prof, j’aime découvrir les univers musicaux de mes élèves. D'ailleurs, je n'impose jamais un style ou une chanson. Nous partons toujours de leurs propositions pour travailler en fonction de leurs envies et de leur répertoire.
Et ta pratique ?
La pratique musicale a toujours fait partie de mon parcours, là aussi dans des univers variés. J’ai chanté plusieurs années dans différents groupes de rock, mais aussi en solo dans un répertoire plus acoustique piano-voix. J’ai également chanté du lyrique et du gospel et participé à différents projets en tant que choriste, notamment dans un projet de polyphonie accapella à 3 et 4 voix.
Je joue aussi de plusieurs instruments, notamment le piano et la guitare, et depuis peu je m’intéresse à la musique assistée par ordinateur (MAO).
Toutes ces expériences nourrissent profondément ma manière d’enseigner : elles me permettent de mieux comprendre les réalités du chant en groupe, sur scène ou en studio, et d’accompagner les élèves aussi bien sur la technique que sur l’interprétation et la musicalité.
Peut-on tout chanter et tout enseigner ?
Avec une bonne technique vocale, on peut aborder une grande variété de styles. La voix est un instrument extrêmement adaptable.
Mais chaque voix a aussi sa couleur, sa personnalité et ses zones de confort. Le but n’est pas de forcer la voix à rentrer dans un style, mais plutôt d’explorer ce qui lui correspond le mieux.
En tant que prof, mon rôle est d’accompagner les élèves dans cette exploration et de leur donner les outils techniques pour chanter avec liberté et sécurité.
Qu’est-ce qui te différencie d’autres profs de chant ?
Je dirais que mon approche se situe à la croisée de plusieurs univers.
Je suis musicienne depuis l’enfance : j’ai commencé le piano à 3 ans et la danse à 4 ans, donc le rapport au corps et au mouvement fait naturellement partie de ma manière d’enseigner.
J’ai aussi un parcours en musicothérapie et en sophrologie, ce qui me donne une sensibilité particulière à l’écoute, aux émotions et au rapport que chacun entretient avec sa voix.
Et puis j’ai un côté un peu « geek de la voix » : j’adore comprendre en détail comment elle fonctionne et transmettre cette compréhension à mes élèves.
Mais pour moi, la technique n’est jamais une fin en soi. C’est un outil pour gagner en confiance et pour pouvoir s’exprimer le plus librement possible.
C’est cette liberté que j’essaie de transmettre.
Ta phrase préférée quand tu enseignes
« Je te donne les outils… mais c’est toi qui fais le chemin. »
